Peut-On Parler d’Infertilophobie*?

L'infertilophobie partout autour de nous??

L’infertilophobie* partout autour de nous??

Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous une humeur. Un sentiment. Une impression.

Avis aux fertiles: ne le prenez pas mal, c’est un sentiment personnel de Miss inFertility qui n’engage qu’elle…

J’ai l’impression qu’il y a autour de nous une angoisse grandissante d’être potentiellement infertile. Souvent avant même de chercher à concevoir un enfant, on a déjà peur de ne pas y arriver ! Une sorte de paranoïa collective, chacun côtoyant des couples ayant dû passer par la PMA, ayant entendu une histoire d’un collègue qui a adopté ou tout simplement vu un reportage sur le sujet à la TV. Si les statistiques disent qu’un couple sur six consulte pour infertilité, combien de fois ai-je entendu les potentiels inFertiles se projeter dans des calculs improbables autour de moi? « Je n’ai personne autour de moi qui a un problème à concevoir donc c’est sûr, moi, j’en aurai un ». Et bien non malheureusement, il se peut que toute votre famille soit super fertile ou manque de pot que presque tous soient infertiles ! Comme le dit si bien Plume, La Vie Est Un Grand Casino.

Cette angoisse reflète un conflit entre notre mode de vie pressé, dans un monde de consommation stressé, où toute l’information nous vient en temps réel et la création d’un être vivant qui peut être un processus long et naturel sur lequel nous n’avons pas prise (en théorie !).

Le monde va vite, nous sommes habitués à satisfaire nos envies dans l’instant, à nous projeter à court terme et encore plus depuis que nous twittons ou facebookons chaque nouvelle info. Dans ce climat, comment vouloir gérer l’ingérable, à savoir la création d’un petit être ? C’est quelque chose que nous ne maîtrisons pas, même si nous essayons de le faire à coups de tests d’ovulation, de courbes de température, de régimes diététiques… Nous aimerions croire que nous pouvons tout maîtriser, y compris notre corps. Est ce que la recrudescence des problèmes alimentaires relève de ce même antagonisme? Comment donner l’image de perfection alors que notre corps, que nous ne maîtrisons pas, renvoie une image toute autre?

Alors, quand certains couples n’ont pas un enfant dès qu’ils l’ont décidé, ils imaginent immédiatement le pire. Combien de fois ai-je entendu des couples qui essaient depuis 3/6 mois d’avoir un enfant naturellement, en expliquant qu’ils vivent quelque chose de difficile, que leurs meilleurs amis ont eu leur enfant dès l’arrêt de la pilule ? « Et si moi aussi, j’avais un problème ? » Nous avons parfois du mal à faire preuve de patience alors que l’objectif est souvent atteint dans les mois qui suivent. Cette crainte est compréhensible, mais attention à ne pas manquer de tact vis à vis des « vrais » inFertiles, qui souffrent dans des protocoles médicalisés parfois très lourds. La comparaison n’est pas possible (capito?).

Et pour aller plus loin, est-ce que discuter de l’infertilité est tabou parce que l’on ne veut pas accepter que cela pourrait nous arriver ? Pour faire un parallèle difficile, cela me fait quelques fois penser au cancer. On n’en parle pas trop, parce qu’au fond, on a très peur que nos proches ou nous mêmes y soyons confrontés. L’infertilité serait-elle contagieuse ? En tout cas, on ne veut pas vraiment en parler. Cela reflète de l’intime, du fait de ne pas être capable, mais aussi nous confronte à notre condition d’être humain.

Imaginer un parcours de PMA avec réellement une impossibilité à concevoir, est tout autre que s’imaginer potentiellement infertile.

Profitons de l’instant, soyons patients, et think positive !

Et vous, avez-vous été confronté à des « infertilophobes » dans vos parcours? Comment avez-vous réagi, alors que vous-mêmes vous êtes dans le parcours du combattant?

*Infertilophobie: concept créé par Miss inFertility, selon elle la peur d’être infertile (et non pas la peur des inFertiles!!)



Catégories :Vivre l'infertilité au quotidien

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18 réponses

  1. Ah ! Tout ce qui suit ne tiens qu’à ma vision… L’homme-production(-rentable) vs l’homme-dans son intégralité-humain-vivant dans le temps. C’est marrant parce que j’ai eu la discussion hier avec mon Chéri à ce sujet. Pas dans le contexte de l’infertilité, mais du handicap, suite à un focus sur la 5. Des problématiques semblables à mes yeux d’ailleurs, celui qui ne connait pas a un réflexe de peur et se croit incapable de surmonter tout cela, la maladie. Et la maladie renvoi à la finitude. Évidemment c’est pas facile de surmonter, de faire face, de batailler, mais je pense que le temps fait que l’homme s’adapte, et parfois même devient résilient face aux épreuves qu’il subit. Ce qui n’empêche pas de faiblir, de douter, de pleurer tellement c’est dur. Ca me fait aussi penser au petit texte de Lisette hier sur le cycle de la vie et à celui de Mrs F toutes ces questions.
    Je ne pense ne pas avoir été confrontée à ce genre de situation. En revanche j’ai une proche (4 ans de pma, fiv 2, auj’ enceinte!) qui l’a été. Comme tu l’expliques, une amie à elle ayant arrêté la pilule depuis 3 mois et n’étant pas enceinte lui a confié sa peur « d’être comme elle ». Elle a confié sa peur d’être infertile à mon amie infertile. Mais elle a conclu par un « mais toi c’est pas pareil » signifiant que sa peur à elle est différente, voire plus légitime, parce que elle, elle ne sait pas, alors que son amie au bagage de 3 ans de PMA sait qu’elle est infertile. Ce « c’est pas pareil » voulait dire grosso modo « toi t’es infertile, tu le sais, tu ne connais pas la peur que j’ai, tu es comme cela ». A cela mon amie « réellement » infertile a répondu par un « ça tu le dis à qui tu veux, mais pas à moi ». Car…. comme tu le dis si bien « la comparaison n’est pas possible (capito?) ». Au final, cette amie confidente est tombée enceinte naturellement le mois suivant, 4 mois après avoir arrêté la pilule.
    Alors face à la peur des autres d’être comme l’autre différent de soi, face à l’imagine renvoyée que l’on porte une tare, et que une tare c’est une catastrophe (ça peut être une souffrance, mais pas un motif d’exclusion ou pire d’élimination), parfois on perd des proches par protection, ceux qui ne veulent pas voir, ni écouter, et qui du coup ne peuvent pas imaginer ou comprendre, et qui donc au final garde leur peur, ont peur, ne veulent pas ne plus avoir peur, ne veulent pas accepter la différence, ce qui peut mener à un sentiment de rejet (de la souffrance de l’autre, de ses choix, de son parcours, de lui tout court).
    Dans les deux cas les efforts sont à faire des deux côtés, et je sais que je ne fait parfois pas assez d’efforts moi-même, que parfois je me replie moi aussi parce que j’ai peur de la réaction de l’autre, j’ai peur moi aussi qu’il ne souhaite pas écouter, voir, entendre pour comprendre. J’ai peur qu’il ne me voit qu’à son image, celle qui lui renvoi ses propres peurs. Pourtant ce n’est pas vraiment justifié, j’ai eu de mauvaises réactions, certes, celles du rejet et du blocage de la part de certains proches, mais absolument pas de tous. C’est pas évident de lutter contre des réflexes que l’on pense être protection.
    Bon, j’ai trop parler, mais cette question me taraude sur tellement de sujets…
    Bises

    • Coucou, je vois que c’est une question que tu as bien mûri dans ton parcours difficile. Ce que tu exprimes est très riche, merci à toi de nous livrer un témoignage si juste. J’espère qu’il sera porteur de sens pour les autres lectrices (lecteurs). Gros bisous

      • C’est super gentil ton petit mot. Mais c’est grâce à tes textes et tes questions si pertinentes ! Et puis c’est le fruit de 3 autres « combats », un ancien (dont je ne parle pas), un pour qui j’espère ne plus devoir lutter demain, et un présent à vie. Ce n’est pas vraiment la pma avec mon tout petit parcours qui m’a fait réfléchir à tout ça, mais les similitudes des pratiques et comportements sont telles ! C’est fou ! Ce qui est frappant c’est que c’est toujours le même schéma, la même rengaine de peur qui s’inscrit lorsqu’on est vu différemment/différent… Bref, comme tu le dis j’ai eu le temps d’y réfléchir , d’ailleurs avec toussa j’ai pas assez eu l’occas’ de foutre mes neurones au repos, il serait temps bordel ! Bref, que le bébé vienne car mon cerveau surchauffe ! Bisous

  2. Je pense aussi que l »infertilité reste un sujet très peu abordé et avant d’y être directement ou indirectement confronté, on n’est peu conscient (voir pas du tout) que ça pourrait nous arriver. Lorsqu’on prend conscience de cette éventualité, c’est une porte qui s’ouvre sur une réalité pas toujours toute rose.

    D’un côté, une amie à qui je me suis confiée ne prend quasi plus de mes nouvelles depuis cette confidence. Je lui en ai parlé et elle m’a avoué que ça lui évitait elle-même penser à l’infertilité ou en tout cas aux soucis de conception/ grossesse (elle vient de faire une FC). Est-ce de l’infertilitophobie? Je ne sais pas vraiment… de la peur certainement et un peu d’égoïsme aussi probablement. L’humain est faillible et on n’aime pas être rappelé à cette réalité.

    D’un autre côté, j’ai parlé pour la première fois d’endométriose avec ma gygy de ville lorsque ma belle-soeur a annoncé sa grossesse et ses difficultés pour tomber enceinte à cause de cette maladie. Ce n’est pas la peur de « la contagion » qui m’a fait aborder le sujet mais la réalisation que non, tout ne va peut-être pas bien (j’avais déjà beaucoup de signes à ce moment là). A ce niveau, pas d’infertilitophobie mais plutôt un nom enfin sur des symptômes et des inquiétudes plutôt légitimes. Au final, ça m’a rassurée sur le momdent puisque gygy de ville était convaincue que cycles réguliers = pas d’endo. Nous nous sommes lancés dans les essais tout en confiance mais bon, avec un doc plus « à jour », on aurait pu éviter pas mal d’angoisses, d’attente et de larmes.

    Bounty, l’amie confidente dont tu parles: o_O !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Merci pour ce très bel article MissInfertility 🙂

    Des bisous

  3. Je n’ai pas rencontré des personnes comme ça… Sauf probablement moi!! En C3 j’avais peur d’être infertile… Une angoisse ancienne, qui a resurgi dès le premier échec de C1. Et à 4 mois d’essais je devenais dingue. La période la pire de toute cette attente, où je scrutais mes symptomes en dpo, prenais ma température, comptais en cycle et projetais une potentielle grossesse tous les mois. Un peur terrible (ou une prémonition) de ne pas y arriver. Le première année d’essais, je ne l’ai vraiment pas bien vécue, le doute c’était pire que de savoir je crois. Entourée de copines enceintes évidemment qui trouvaient ça parfaitement normal que je ne sois pas enceinte en 6 mois alors qu’elles étaient toutes tombées enceintes en C1, sans exception.
    Par contre, j’ai attendu un an avant de parler de mes craintes avec deux personnes ayant fait de la PMA, et avec des bébés en route. Je ne me serais pas permise de comparer ce que je jugeais plus comme de l’anxiété déraisonnable et leur réelle condition d’infertiles diagnostiqués.
    Cette infertilophobie, c’était surtout une période de doutes, et cette peur a été vécue en effet par beaucoup d’amies fertiles qui ont eu leur bébé en un ou deux cycles. Ou mon frère qui a mis 4 mois. J’en ai même une qui a fait une AMH avant les essais bébé! (ok elle est gynéco et sa mère en ménopause précoce).

  4. Moi je suis comme madame kangourou. Je pense que c’est normal d’avoir peur que ça ne marche pas, même au début. (Évidemment que ce serait débile d’en parler a qqn qui galère vraiment en pma). Ma première année a été hyper dur aussi, dès les premiers mois je me posais des questions genre « et si ça ne marchait jamais ». Je pensais que ça allait marcher bien sûr mais la peur était là, parce que c’était qqch d’hyper important qu’on était en train de faire. Et quand on fait qqch d’important on peut avoir peur de ne pas y arriver, c’est plutôt naturel, sur tous les sujets.
    Bisous

  5. Moi c’est ma meilleure amie qui m’a fait le coup . J’ai fait mine de ne pas voir où était son angoisse. Je bouillais de l’intérieur qu’elle ose se demander si elle pouvait avoir de l endometriose. Merde, elle a déjà été enceinte, des règles indolores et a été opéré d’un kyste benin graisseux donc si elle avait de l endometriose le médecin l’aurait vu. Elle voulait juste que je la rassure et lui dise que le jour où elle se décidera d’avoir un mini elle ça sera finger in the nez. Alors oui nous sommes toutes des stressés de la vie. D’ailleurs je l’ai été aussi avant d’essayer de devenir mère. Je savais déjà bcp de chose sur la pma. Parfois je me dis qu’à trop anticiper j’ai accéléré ma perte et la destruction de mon corps. Bises

  6. Coucou!
    Je suis une fertile amie d’une infertile et d’un infertile…
    La PMA, l’infertilité, c’est un concept bien abstrait pour les autres – on regarde des reportages dessus à la TV. Puis, des amis commencent à t’annoncer qu’ils sont infertiles – ça reste abstrait, mais tu commences à te dire: « et si moi c’était aussi le cas? ». D’ailleurs, ça t’incite à essayer pour être fixé, pour te laisser du temps si jamais tu devais entrer dans un protocole. Alors, tu essaies et forcément, au 1er coup, ça fonctionne pas. T’essaies de rester cool, mais au fond, tu te poses des questions: « est-ce que ça va marcher? et si ça m’arrivait? ». Évidemment, ça fait peur l’infertilité et de devoir « subir » tout ce que vous subissez pour avoir un enfant. Je pense aussi que personne ne peut être fixé avant d’avoir conçu!
    Ce doute pendant les essais n’a rien à voir avec l’angoisse qu’on doit avoir en étant diagnostiquée infertile, mais ce doute existe chez la plupart des filles.
    Encore merci pour ton blog qui permet de mieux comprendre l’infertilité.
    ++

  7. En tout cas et je sais que je te l’ai déjà dit mais je te le redis: tout proche d’infertile devrait lire ce blog. Ca fait vachement réfléchir!!

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