L’inFertilité, ou Apprendre A Faire Le Deuil

 Vivre l’infertilité est un long parcours dans lequel nous devons malheureusement tous apprendre à faire le deuil. Ce sont des deuils de différentes natures, mais qui, à chaque fois, signifient une nouvelle épreuve:

Faire le deuil, comme le soleil qui s'enfuit. Pour mieux revenir !

Faire le deuil, comme le soleil qui s’enfuit. Pour mieux revenir !

  • le deuil de l’enfant « couette ». On imagine depuis toujours avoir un enfant de l’amour, par magie. Nous voyons cela comme une symbiose, une alchimie entre deux êtres faits pour être ensemble. Le résultat de cet amour est un magnifique cadeau, qui est le mélange parfait de ces deux êtres. Ca, c’est l’idée de départ, un peu fantasmée par tous. Un peu naïve et fleur bleue nous sommes d’accord, mais nous nommes nombreux(ses) à rêver à cela ainsi. Et c’est joli. Et le RomanKitsch on aime bien chez Miss et Mr inFertility.

Quand l’enfant couette est un rêve bien lointain,  nous sommes ensuite entre les mains du Dr Magicien, qui nous emmène dans un chemin tout autre. Médicalisé, mais plein d’espoir. Etre actif signifie prendre des risques, avancer mais aussi se confronter à d’autres deuils.

  • Le deuil d’un protocole : il peut arriver que l’inFertile soit confronté à un échec de certains traitements. Heureusement, il existe de nombreuses alternatives ou variantes, au moins au début. Donc l’échec, le deuil, est de courte durée car très vite on est à nouveau dans l’ espoir. Ce traitement ne marche pas, mais il y a d’autres solutions ! C’est très souvent le cas des IAC qui précèdent dans la plupart des cas les FIV.
  • Le deuil en cas de fausse couche : la fausse couche est malheureusement trop présente dans les parcours de PMA. Les inFertiles étant littéralement moins fertiles, elles font plus de fausses couches. Et une fausse couche après un échec de 3 FIV, 4 IAC et un an d’essai couette, ce n’est pas facile à avaler. Donc faire le deuil encore et toujours pour à nouveau pouvoir espérer.
  • Le deuil d’un modèle familial idéal : pour les chanceux et chanceuses, qui sont arrivés à être parent au moins une fois, il leur faut souvent néanmoins faire le deuil d’un modèle familial idéal. Chacun a en tête un schéma type de famille, qu’il souhaite reproduire. Que cela soit 2, 3 ou 4 enfants, chacun a sa petite idée. En passant par la PMA, ce choix est un luxe. Et le luxe n’a pas de prix. Et il est souvent inatteignable. Le tout est de savoir à quel moment lâcher prise. Cela me fait penser aux médicaments pour lesquels on mesure l’équilibre entre les bénéfices et les risques. On a déjà un (ou des) enfant(s). Jusqu’où doit-on s’acharner pour essayer d’en avoir encore ? Comment préserver ce que l’on a déjà et qui est si précieux ? Quand faire le deuil de ce schéma familial ? Je vous conseille l’article « Vouloir un Deuxième Enfant par la PMA ».
  • Le deuil de l’enfant biologique du couple: certains inFertiles peuvent recourir au don de gamètes. L’infertilité peut provenir de l’un des deux ou des deux membres du couple (les législations divergent selon les pays). C’est une démarche dans laquelle il faut accepter que l’enfant ne soit pas le modèle projeté d’un mini moi / mini nous.
  • Le deuil de l’enfant biologique dans un parcours d’adoption : accepter l’idée que l’enfant se détache de nous, qu’il soit tout à fait autre. Faire preuve d’un amour infini pour accepter la différence. Vraiment chapeau à tous les parents qui adoptent, vous m’impressionnez !
  • Le deuil de la grossesse : concevoir un enfant, c’est le porter en soi pendant 9 mois. Le sentir grandir, bouger. Participer à sa création. Etre fière de montrer à tous son bonheur de porter la vie. Si l’on adopte ou si l’on a recours à une mère porteuse (NDLR : les législations varient selon les pays), on peut avoir un enfant mais sans l’avoir porté. Il faut réussir à en faire le deuil.
  • Le deuil de la parentalité : forcé ou par choix, il se peut que finalement nous ne soyons pas parents. Trop de fatigue, trop de stress, trop de problèmes de santé, trop de démarches administratives. Nous sommes à bout. Nous ne vivons plus. Nous ne pouvons plus profiter de la vie. Et à ce moment là on décide de se concentrer sur ce qui est le plus important, ce que l’on a déjà. Que l’on doit chérir. Vivre sans enfant, oui c’est possible. La société nous impose le modèle d’une famille avec enfants. NON ce n’est pas obligé. Préservons-nous d’abord. On peut être heureux sans enfant. Ce n’est pas tabou de dire NON. C’est un sujet dont on parle peu, et il est pourtant si présent autour de nous.

Nous savons que la vie et la mort sont infiniment liées, mais dans un parcours de PMA tout est là pour nous le rappeler. C’est ce qui donne aux inFertiles une perception autre de la vie, pour toujours (voir l’article: « Infertile, et Après? »). La vie a un prix inestimable, il faut en profiter (voir l’article: « Le Bonheur Etant Contagieux »), même si elle n’est pas telle que nous l’avions imaginée.

ENJOY !



Catégories :Vivre l'infertilité au quotidien

Tags:, , , , ,

21 réponses

  1. Merci….
    je me reconnais tellement dans Le deuil d’un modèle familial idéal…
    Merci d avoir mis des mots sur mon ressenti…
    Et je nous souhaite un deuxieme pour 2014 ou du moins ne pas avoir le ventre vide au 31 decembre.

  2. C’est si bien dit. Merci !
    Et puis cette phrase… « Nous savons que la vie et la mort sont infiniment liées, mais dans un parcours de PMA tout est là pour nous le rappeler.  » Elle résumé beaucoup. Des bises

  3. vie et mort sont intimement liées. On a du mal à l’accepter… Très bel article ! Bises

  4. C’est tellement dur mais tellement vrai.
    Pour ma part, j’ai fait le deuil de l’enfant couette depuis bien longtemps mais j’avoue avoir beaucoup plus de mal à faire le deuil de la grossesse. Je pense que si FIV 4 ne fonctionne pas, je souffrirai toute ma vie de ne pas avoir été enceinte. Porter et donner la vie, ça doit juste être magique.
    Par contre je suis prête à adopter donc je n’ai pas de problème en ce qui concerne le deuil de l’enfant biologique. Je pense qu’à partir du moment où on l’aime et où on le voit grandir, même s’il n’a pas nos gênes, l’enfant adopté est le notre.
    Et le dernier point que tu abordes, le deuil de la parentalité…ça me donne la chair de poule et j’avoue que je ne vois vraiment pas comment je pourrai y arriver un jour…

  5. Moi j’en suis encore au deuil du bébé couette, on en parlait tout à l’heure avec Mr Choubidou, je trouve ça tellement bizarre de devoir le faire avec les docteurs notre Baby… Avec tellement de peur que cela ne fonctionne pas… C’est quand même bizarre, surtout quand on est entourée de copines en train de programmer leur deuxième grossesse entre les vacances au ski et le passage en CDI …

  6. hah, ton commentaire « RomanKitsch » m’a bien fait rire! comme toi, moi aussi je pensais que ce n’etait qu’une question de vouloir avec celui qu’on aime, avec qui on partage sa vie – autant les bons mots que les larmes. malheureuxement, moi aussi je doit quitter ce reve en poursuite d’atteindre mon but de maniere decidemment moins « RomanKitsch »…

  7. C’est vraiment un très bel article. Le deuil du modèle familial idéal je suis en plein dedans. Quelqu’un m’a répondu à ça qu’on ne pouvait pas être en deuil pour quelque chose qui n’a jamais existé. Mais cette famille idéale, on la rêve depuis tellement longtemps, tellement fort depuis qu’on sait que ça ne se fera pas si facilement que pour nous elle existe en quelque sorte.
    Merci. Gros bisous. 🙂

  8. Encore un bel article, très juste, si vrai pour décrire l’émotionnel de ce qui a été rêvé, projeté et ne sera pas ou plus…
    Je me retrouve dans bien des deuils exposés dans ce billet.

  9. Tu résumes si bien les choses… Je crois qu’on est nombreuses à avoir enchaîné les deuils. Pour ma part, le seul que je n’arriverai jamais à faire, c’est celui de la parentalité !! No way !! J’aurais un enfant et picétou !! Bisous.

  10. bonjour, je suis en plein dedans et j’avoue que je ne pensais pas que ce serait si difficile cette idée d’un enfant unique.
    je n’oublie pas que j’ai une chance merveilleuse, un petit garçon de 2 ans, arrivé suite à la 4ème iac après 7 ans de parcours compliqué, 2 fausses couches, la découverte d’une anomalie de coagulation (facteur v leiden ) et surtout d’une anomalie chromosomique chez moi qui fait qu’à chaque grossesse, le risque de fausse couche est très élevé (plus de 50 %).
    Je me suis toujours dit que j’aurais 2 enfants, et quand je regarde mon fils aujourd’hui, je suis triste à l’idée de me dire qu’ il n’aura peut être jamais de frère ou soeur, que quand nous ne serons plus là ou quand nous serons vieux, il sera tout seul à porter tout cela,… sans autre mémoire de nous pour lui rappeler les bons souvenirs comme les moins bons, comme nous étions des parents parfois « supers », parfois « nuls », toutes ces petites anecdotes qui font parfois sourire, parfois moins, qu’il n’aura personne pour l’accompagner, personne qui aura partagé son quotidien pendant des années pour l’accompagner
    Quand je l’ai vu dernièrement marcher fièrement la main dans la main avec une autre petite fille, ça m’a déchiré le coeur, tous ces moments de complicité et partage qu’il n’aura peut être jamais… et cette culpabilité qui refait surface car nous avons 39 ans, l’horloge tourne et nous ramène vers cette fatalité que je ne veux pas voir,
    et enfin ce poids de l’enfant unique que je ne veux pas lui faire porter mais malgré moi il est l’objet de toutes mes attentions, et l’émotion m’envahit souvent tellement j’ai peur de le perdre,
    j’ai recommencé la pma mais je peine à trouver la ressource pour y croire, 1 miracle ça n’arrive pas souvent et l’après me fait peur.
    merci de m’avoir lue, tout ceci me pèse même si je dois continuer à y croire,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :